des avions russes ont largué le 6 août dernier, une bombe sur le
territoire géorgien, à 60 kilomètres seulement de Tbilisi, capitale du
pays. Loin d'être un incident isolé, cette provocation n'est qu'un
élément de l´agressivité internationale croissante de la Russie. Mais
il s'agit aussi d'une conséquence directe de l'incapacité de l'Occident
à réagir face aux actions russes de plus en plus flagrantes à
l'encontre de ses voisins plus petits. Qu'attendent les politiques
européens pour réagir au comportement sans cesse plus agressif de la
Russie ?
Le ressentiment de la Russie à l'encontre du gouvernement géorgien
pro-occidental est bien connu. Les instruments utilisés pour punir la
Géorgie de son attitude rebelle ont notamment consisté à couper les
approvisionnements en énergie, à imposer des embargos sur les
exportations géorgiennes pour des raisons montées de toutes pièces, ou
encore à soutenir les mouvements séparatistes, à violer son espace
aérien et larguer des bombes. La Russie, bien évidemment, a nié toute
implication dans les événements de ce type. Elle est même allée jusqu'à
suggérer que la Géorgie fabriquait elle-même ses agressions pour
pouvoir ensuite faire condamner la Russie !
Beaucoup de choses ont changé depuis le début des années 1990. En
premier lieu, la Géorgie elle-même. Alors qu'elle n'était qu'un État en
situation de quasi-faillite, ce pays est sans doute aujourd´hui l'une
des plus étonnantes « success story » d'Europe. Son
gouvernement, jeune et dynamique, a entrepris bien plus d'actions pour
réformer la gestion du pays et éradiquer la corruption qu'aucun autre
ancien État soviétique, à l'exception des Pays baltes. La Banque
mondiale l´a classée au premier rang des pays réformateurs au monde et
les investisseurs affluent pour profiter des taux de croissance
systématiquement proches ou au-dessus des 10 %.
Par ailleurs, l'importance de la Géorgie pour l'Europe a également
radicalement changé. Appartiennent ainsi au passé les jours au cours
desquels la Géorgie et le Caucase avaient mauvaise réputation et où ils
n'étaient que des parcelles troublées d´un empire soviétique à l'agonie.
Aujourd´hui, la Géorgie fait partie d'une région émergente, celle de la
mer Noire, qui se situe très près des frontières de l'Union européenne.
C´est une route de transit de plus en plus utilisée pour les
approvisionnements en énergie provenant de la région caspienne et l´un
des principaux espoirs européens en matière de livraison de gaz naturel
non russe.
Mais d´autres situations sont, hélas, restées les mêmes. L'une d'entre
elles est l'attitude de Moscou, qui continue de prétendre vouloir
ignorer les bases mêmes du droit international dans ses relations de
voisinage, pour la simple raison que ces derniers furent, pendant un
temps et contre leur volonté, membres de l'empire soviétique. Durant
les quelques dernières années, les interventions de Moscou en Abkhazie
et Ossétie du Sud, territoires reconnus internationalement comme
parties intégrantes du territoire souverain de la Géorgie, se sont
radicalement accrues. Et Moscou prend difficilement la peine de le
nier. En Ossétie du Sud, le chef séparatiste répond ainsi moins à sa
propre population qu'au Kremlin, ce qui a conduit certains dirigeants
de la résistance ossétienne à négocier leur propre paix avec la Géorgie.
Peut-être, le plus inquiétant est l'autre situation qui n'a pas
changé : l'inattention de l'Union européenne, frisant la
négligence, face aux relations de la Russie avec ses voisins. Lorsque
les gorges de Kodori furent attaquées par les hélicoptères russes au
printemps dernier, les dirigeants européens n'ont pas réagi. Et même
lorsqu'un membre de l´Union européenne et de l'Otan, l'Estonie, fut
l'objet d'une guerre électronique, qui clairement trouvait son origine
au Kremlin, la réaction de l'Europe fut timorée...
Il ne s'agit pourtant pas d'un manque d'informations. Les dirigeants
occidentaux savent parfaitement d'où viennent ces bombardiers tout
comme ils savent d'où viennent les agressions électroniques qui
visèrent l'Estonie. Mais pour certaines raisons, tout ce que la Russie
doit faire est de nier catégoriquement toutes les allégations et
chacune de ces réfutations prend alors de la valeur !
Le résultat est qu'aujourd'hui les politiques européennes d'apaisement
ont atteint leurs limites et deviennent même contre-productives. À
chaque fois que l'Europe ne réagit pas aux excès russes, la situation
empire. Les derniers événements constituent ainsi la toute première
fois qu'une frappe aérienne russe vise directement la Géorgie et non
des territoires situés dans des zones de conflit. Si l'Europe avait
répondu aux attaques printanières dans les gorges de Kodori, la Russie
en aurait peut-être conclu que ses actes de guerre contre un pays
voisin avaient des conséquences internationales. Au lieu de cela, le
Kremlin en a conclu qu'il avait les mains libres.
La question est donc de savoir ce qu'attendent les dirigeants européens
pour faire respecter les principes du droit international et pour
défendre leurs propres intérêts dans leur propre voisinage.
Attendent-ils une frappe aérienne sur Tbilisi elle-même ? Ou
peut-être sur Tallinn ?